séminaire "nouveaux conflits, nouvelle géopolitique"

Synthèse du séminaire « Nouveaux conflits, nouvelle géopolitique »
Ce premier séminaire s’est inscrit dans le cadre de la préparation au Forum Social Mondial
2015, et visait à soulever l’un des enjeux qui sera traité à Tunis. Il s’est tenu le 15 Janvier 2015
au DAL (Droit Au Logement) à Paris.
Nous avons eu la chance de pouvoir compter sur 4 intervenants : Bernard Dreano, Catherine
Samary, Gustave Massiah et Nils Andersson. Ce débat fut animé par Jean-Michel Coulomb
d’ATTAC.
Aujourd’hui, nous ne reconnaissons pas de nouvelles zones de guerre, ce sont
toujours les mêmes zones de conflits où la violence s’est intensifiée et où la guerre
semble subsistée. Ces affrontements, à l’intérieur même des pays et donc nommés à
juste titre « guerres intra-étatiques », ne connaissent pas de réel « début » ni de fin
définitive.
La plupart de ces conflits se situent dans « l’arc des tempêtes » allant de l’Atlantique
jusqu’au Pakistan et comprenant : l’Afrique Subsaharienne et Australe mais aussi
l’Europe de l’Est.
Par ailleurs, plusieurs aspects s’entrechoquent et prennent part à chaque conflit :
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En premier lieu, les prémices sont souvent des luttes démocratiques contre les
dictatures.
Ensuite s’en mêlent les aspects stratégiques et religieux. Stratégiques, car ces
pays sont prisés par les puissances qui veulent protéger leurs intérêts
économiques (accès aux matières premières, aux ressources naturelles) mais
aussi « religieux » de par la création et l’intensification de mouvements
extrémistes.
Comment penser les guerres aujourd’hui ?
Beaucoup d’entre elles échappent à ceux qui les ont déclenchées et sont
constamment redéfinies, d’où l’impression qu’elles ne finiront jamais. Ce phénomène
touche le monde entier puisqu’entre 1 et 2 milliards de personnes vivent aujourd’hui
dans des zones de guerre.
Prenons l’Irak. Ce pays était une dictature féroce et a pourtant été victime de la
stratégie de déstabilisation. Celle-ci a amené à l’effondrement de l’Etat en touchant
l’un de ses piliers : la société civile. Après la « dé légitimation » de l’Etat puis le
déclenchement de guerres internes, on observe l’apparition de propositions
d’idéologies islamistes. Les populations se retrouvent alors face à une situation
qu’elles ne maîtrisent pas, ce qui déclenche une « cristallisation identitaire » soit une
baisse du sentiment d’appartenance et une forte migration. La zone de chaos est
donc créée.
Dans la région Maghreb Machrek, on remarque que la situation de l’Irak se
répercute via une multiplication d’Etats fragiles, un véritable effet domino.
En parallèle, on observe un déclin de l’hégémonie occidentale et une
bataille entre puissances dominantes dans chaque région pour garder la maîtrise
des territoires. Cette situation peut s’apparenter à la notion de « guerre hybride »,
qui fut utilisée par les gouvernants polonais à l’égard de la forme d’intervention
russe.
Ce type de guerre n’est pas forcément déclaré mais comprend une importante
propagande appuyée par des moyens médiatiques colossaux. Le but : amener la
désinformation de tous les côtés et donc la corruption, tout en manipulant la société
civile. S’ensuit un sentiment de « complotisme » au niveau international.
L’Ukraine en est un exemple concret. En effet, ce pays est un conflit à la fois interne
et international. Sa place stratégique explique la forte présence de l’OTAN qui
souhaite maintenir sa position. Pourquoi ? Parce qu’il a dans cette région des enjeux
importants : maintenir et redéfinir son pouvoir en Europe de l’Est pour consolider le
pouvoir des Etats-Unis et essayer de stopper la croissance du bloc russe. En parallèle,
la Russie s’allie à la Chine pour avoir les moyens de résister aux autres puissances.
Ainsi, le conflit va au-delà des frontières et des intérêts de l’Ukraine.
Le monde évolue donc et les belligérants ne s’arrêtent plus à la simple occupation
d’un territoire. Ils vont plus loin, ils déstabilisent, ils encouragent le chaos tout en
sécurisant ce qui les intéresse vraiment comme le pétrole ou le sable bitumineux.
Ce contexte est donc très lié au système global.
Quelles solutions ?
La négociation ? Aujourd’hui, les pays occidentaux ont une forte responsabilité
quant à la situation actuelle et ne peuvent plus gagner de guerre facilement face à
des gens qui n’ont « pas peur de la mort ».
La solution n’est donc pas nécessairement militaire puisque la question se pose
également en ces termes : doit-on confier aux militaires le soin de résoudre les
problèmes étatiques ? La guerre ne suffira pas et ne fera qu’aggraver la situation.
Mais comment alors réussir ces négociations ?
L’application des droits ? Il y a un grand nombre de progrès fait sur le papier, en
matière de droit de la guerre : désarmement, droit international par rapport aux
crimes contre l’humanité. Mais il subsiste un paradoxe : ces traités sont rarement
signés par les pays agressifs ou en situation de guerre. La juridiction internationale est
pourtant censée pénaliser les auteurs de crime contre l’humanité mais on voit très
peu d’applications réelles.
Une institution supra-étatique ? L’OMC est remplacée par des traités libre-
échangistes. Ces traités entre Europe/USA et Europe/Canada soulignent l’idée de
mettre en place une institution qui déciderait et aurait un droit de regard et de veto
sur les nouvelles lois votées. Mais cette création d’un contrôle supra-étatique
échappera-t-elle au contrôle démocratique ?
Des questions qui amènent au FSM 2015
Aujourd’hui il n’est plus possible de ne penser que d’un point de vue « géopolitique »,
nous devons prendre en compte d’autres dimensions comme l’écologie ou le social.
Ces dimensions seront traitées au Forum Social Mondial 2015 qui se tiendra à Tunis du
24 au 28 Mars prochain.
Au début des FSM, l’idée que le droit international et les institutions internationales
pouvaient faire évoluer les choses primait. Mais aujourd’hui, c’est le capitalisme
financier qui a le pouvoir ; synonyme de victoire du néolibéralisme ?
Ainsi, ce forum risque d’être sujet au scepticisme mondial du « à quoi ça sert ? ». En
effet, une forte mobilisation tunisienne est observée, mais pourra-t-on poser la
question sociale à l’échelle mondiale ?
A l’heure actuelle, les mouvements à l’échelle internationale convergent sur des
grandes thématiques : situation des femmes, des jeunes, de la Palestine, du Sahara
Occidentale, du climat, de la situation financière, des migrants, des droits et de la
paix. Ces questions s’apparentent à la nature même du forum : amener à réfléchir à
une stratégie sociale mondiale.
Aussi, en lien avec le thème de ce séminaire, ces mouvements connaissent un des
plus gros défis actuels : Comment amener une réaction citoyenne face à la stratégie
de déstabilisation qui sévit dans les Etats ?
Cas pratique : faut-il négocier avec Daesh ? – intervention de Nils Andersson
On peut être musulman sans être terroriste, mais on est aujourd’hui confronté au
salafisme du Djihad qui est celui de Daesh. De la même façon que lors de la 2d
guerre mondiale il ne fallait pas confondre les allemands avec les nazis, il ne faut pas
maintenant confondre les salafistes avec les salafistes de Daesh.
Il faut combattre Daesh, ce combat est une nécessité, mais il n’est pas possible que
cette guerre soit menée par une coalition occidentale, par ceux-là même qui ont,
de par leurs politiques, engendré les conditions propices à l’existence de Daesh. Les
mêmes bombes que celles qui ont créé le problème ne peuvent contribuer à le
résoudre. Il faut donc que l’on arrive à une multilatéralisation de la lutte contre
Daesh, qui ne serait pas juste un conflit entre l’Occident et le Moyen-Orient. Nous
sommes là face à un système fasciste qu’il faut combattre de partout.
Des kurdes, des tchétchènes et des musulmans résistent à Daesh, or on constate que
la Turquie sabote cette résistance et que l’Europe ne les aide pas. La France se
dérobe donc et les USA mènent une fausse guerre contre Daesh puisqu’ils mènent
une politique du chaos qui ne pourra en rien ramener paix et stabilité dans la région.
Donc, il ne faut pas forcément négocier avec Daesh comme on le ferait avec
d’autres, mais il faut éviter la guerre actuelle qui ne fait que grossir leurs rangs. Cette
situation ne peut pas mener à une solution. Oui il faut se battre contre Daesh qui est
aussi ressenti comme un ennemi dans les pays arabes. Mais il faut sortir du débat
franco-français.



01/02/2015

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