priorité à l'ariculture paysanne

 

                                                                                                                                                                                              Bruxelles, 6 mars 2012

 

Innovation et recherche en agriculture : priorité à l’agriculture paysanne

 

Agro-écologie ou agro-carburants ? Agriculture paysanne ou intensification durable ? Semences paysannes ou semences OGM ? Pâturages ou usines à lait ? Protéine végétale locale ou soja? Matière organique du sol ou méthanisation ? Rotation ou monoculture ? Races rustiques ou clonage ? Circuits courts ou import/ export ? Innovation sociale ou disparition paysanne ? Solidarité ou compétitivité ? Concentration ou cohésion territoriale ? Cesser le dumping ou «  nourrir » le monde ?  Crédits à la recherche publique ou à la recherche privée ? « Bio »-économie ? L’UE doit choisir.

 

La Commission Européenne vient de publier en février une stratégie- plan d’action pour la «bio»-économie[1] et  une communication[2] pour  un  « partenariat européen d'innovation (PEI): productivité et durabilité agricole». Elle organise le 7 mars une conférence sur l’innovation et la recherche en agriculture.

Si la Coordination Européenne Via Campesina salue l’ouverture en ce qui concerne le champ de l’innovation incluant l’innovation sociale et l’agro-écologie, la reconnaissance de graves problèmes environnementaux liés au productivisme des 50 dernières années, et l’implication annoncée de la société civile dans la gouvernance et la mise en œuvre de ce partenariat, elle s’interroge cependant sur :

-         le prémisse explicité dans la proposition de PEI,  à savoir que le défi majeur est d’augmenter la production et la productivité agricole en Europe pour faire face à l’augmentation de la demande alimentaire mondiale.

-         les initiatives parallèles des multinationales des intrants agricoles tels que Bayer, Syngenta, qui organisent en mars à Bruxelles des conférences[3] sur le thème de l’ « intensification durable », avec une participation importante de la Commission Européenne.

 

La pratique de l’oxymore a ses limites : il faut sortir de l’hypocrisie actuelle

L’industrie des engrais, des pesticides, des machines, des agro-carburants, des OGM, des produits

vétérinaires,…veut bien une agriculture durable, mais quand même intensive, pour que l’agriculture continue à acheter leurs intrants. Ces sirènes très intéressées financièrement sont-elles crédibles ?  ECVC demande à l’UE de clarifier ses choix. Un grand effort de reconnaissance est nécessaire vis-à-vis des innovations et des bonnes pratiques agricoles existantes dans des exploitations plus autonomes et plus économes en intrants, qui ont souvent été défavorisées par la PAC.

 

Augmenter la productivité ? Au bénéfice de qui ?

Depuis 50 ans, l’agriculture est l’un des secteurs où la productivité par ha et par unité de travail a le plus augmenté, au détriment de l’environnement et du nombre de paysans. Les paysans restant en ont peu bénéficié : c’est l’aval (industrie, distribution) qui a accaparé, grâce aux baisses de prix agricoles, ces gains de productivité. Aujourd’hui, ce moteur productiviste est en panne: par exemple, les rendements des zones céréalières intensives ont tendance à baisser sur des sols épuisés, ayant perdu leur matière organique. La nouvelle vague de productivisme qu’on nous propose, teintée de vert, est là pour relancer le moteur au dépend de l’agriculture paysanne.

Donner la priorité à l’augmentation de la productivité dans le souci de produire moins cher pour être plus compétitif sur le marché mondial est une erreur. Demander plus de transport, plus d’export/import, n’est plus crédible: l’heure est la relocalisation et à la sobriété énergétique, pourvoyeuse d’emploi. Cela n’exclue des échanges internationaux de produits agricoles, qu’il faut les remettre à leur juste place. C’est dans cette direction qu’il faut prioriser l’innovation/recherche.

 

Ce n’est pas l’Europe qui doit nourrir le monde, mais le monde qui doit se nourrir

Il est nécessaire de rappeler que l’agriculture mondiale produit aujourd’hui pour près de 8

milliards de personnes, bien au-delà des besoins (mais environ 1/3 est gaspillé au Nord, 1/3 est perdu après la récolte au Sud, et 1 milliard d’humains sur 6 ne mangent pas à leur faim). La priorité est donc de résoudre les problèmes du gaspillage alimentaire, des pertes après récolte et de mettre en œuvre le droit à l’alimentation, avant de vouloir produire plus en Europe.

Pour que le monde se nourrisse, il faut aussi  innover dans de nouvelles règles du commerce

international agricole, car les règles actuelles laissent se perpétuer le dumping et l’accaparement des terres, ruinant les capacités productives de nombreuses communautés rurales au Sud. Si des chercheurs y travaillent, ils sont trop peu nombreux et sans soutien institutionnel suffisant, alors que l’époque de la dérégulation est pourtant derrière nous.[4]

 

L’innovation/recherche ne doit pas aggraver les problèmes

Alors que le chômage explose en Europe, que la crise environnementale est reconnue, l’UE ne doit plus financer une innovation/recherche pour une agriculture encore plus mécanisée, un élevage encore plus industrialisé.

Développer des unités de méthanisation auprès de grands élevages industrialisés, au nom de l’environnement, ce n’est pas de l’innovation, mais du blanchiment vert (green washing) de l’élevage industriel, car c’est autant de matière organique qui ne retourne pas dans le sol d’où provient l’alimentation animale.

Il n’y a aucune légitimité à financer publiquement l’innovation concernant les agro-carburants, qui ont prouvé leurs bien piètres résultats et font concurrence à la production alimentaire. Quant aux agro-carburants dits de 2e génération, dont on nous fait miroiter les bienfaits pour obtenir des crédits de recherche, ils risquent, à moyenne et grande échelle, de faire concurrence au retour de la matière organique dans le sol, indispensable pour freiner le réchauffement climatique.

Très majoritairement, les paysans et les citoyens européens ne veulent pas d’ogm dans les champs ni dans leur assiette. Nous n’avons pas besoin des OGM ni des plantes mutées pour résoudre les problèmes. L’innovation/recherche doit se limiter à une recherche biologique fondamentale en lieu confiné.

 

Priorité à l’emploi, à l’environnement, à la résolution de la crise systémique

Pour relever les nombreux défis[5] auxquels fait face l’agriculture européenne, il ne faut pas se tromper de priorités ni de méthode. Le monde agricole foisonne d’innovations dans le domaine agronomique, social, énergétiques, environnemental, qu’il faut favoriser lorsqu’elles répondent à ces défis.

Par exemple, lorsque de jeunes urbains sans emploi remettent en culture des friches périurbaines pour nourrir en légumes locaux de qualité les quartiers avoisinants, c’est une belle innovation agricole et sociale qu’il faut soutenir, car elle va dans le sens de l’emploi, de la santé, de la cohésion sociale.

      L’innovation et la recherche ne sont pas que dans les laboratoires privés ou –de moins en moins- publics, elles sont aussi chez les milliers d’innovateurs, paysans ou associations, qui par exemple

-          réhabilitent les semences locales au profit de la biodiversité et de l’autonomie paysanne vis-à-vis des firmes semencières, réhabilitent ou sauvent des races locales en voie d’extinction, qui peuvent mieux s’adapter que des animaux clonés aux changements à venir.

-         développent des pratiques d’agro-écologie et d’agroforesterie

-         développent l’agriculture biologique paysanne,

-         développent des systèmes de production énergétique à petite échelle pour la consommation locale (vent, soleil, eau, bois,…)

-         développent les circuits courts de distribution et la transformation locale des produits agricoles.

Face aux intérêts de firmes privées à but lucratif, d’amont et d’aval, qui s’opposent à - ou essaient de

récupérer- ces nouvelles tendances porteuses d’avenir, l’UE et ses Etats membres doivent développer une innovation/recherche décentralisée s’appuyant sur le savoir-faire, l’expérience et le dynamisme de ces innovateurs de base.

Des  partenariats doivent être établis entre eux et la recherche, vulgarisation, formation publiques.

Les contrats de partenariat du développement rural (proposition de réforme PAC 2014-2020) peuvent en fournir l’occasion, à condition qu’ils donnent la priorité aux innovations agronomiques, sociales, environnementales qui répondent aux défis mentionnés ici et non à celles qui vont aggraver les problèmes.

 

Tenir compte  des travaux de recherche de l’IAASTD

Le rapport de l’IAASTD[6],  fruit de la collaboration internationale de 900 chercheurs de 110 pays , et signé pas plusieurs dizaines d’Etats en 2008 a montré que l’agriculture paysanne durable était la mieux à même de relever les défis alimentaires et environnementaux de la planète pour les décennies à venir. L’UE et les Etats Membres peinent à vulgariser ces travaux, qui vont à l’encontre des politiques agricoles des dernières décennies. Ce rapport est pourtant une base d’orientation essentielle pour définir les priorités en matière de recherche et d’innovation à mettre en œuvre.

 

Tenir compte des propositions du Forum Nyeleni Europe[7] d’août 2011

Le premier forum européen sur la souveraineté alimentaire, dont les résultats sont présentés ce 7 mars à Bruxelles, a rassemblé de nombreux porteurs d’initiatives novatrices en agriculture, distribution alimentaire, environnement, dont de nombreux jeunes. Il appelle à une recherche participative incluant les paysans, les pêcheurs, les salariés, et la société civile pour développer une agriculture et une alimentation dans le cadre de la souveraineté alimentaire.

 

Contacts :

Geneviève Savigny +39 3480189221

Andrea Ferrante + 33 625551687

Gérard  Choplin + 32 473257378

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rue  de la  Sablonnière 18 – 1000 Bruxelles – tel +32 2 217 31 12- info@eurovia.orgwww.eurovia.org

 

 

 

 

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Gérard Choplin

European Coordination Via Campesina

Coordination Européenne Via Campesina

rue de la Sablonnière 18- 1000 Bruxelles - metro: Botanique

tel: + 32 (0)2 2173112    mobile: +32 (0)473257378

gerard.choplin@eurovia.org  skype: gchoplin

www.eurovia.org 

 

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[2] roadmap for the European Innovation Partnership 'Agricultural Productivity and Sustainability

http://ec.europa.eu/governance/impact/planned_ia/docs/2011_agri_042_european_innovation_partnership_en.pdf

[3] http://www.amiando.com/OPERA6Roundtable.html?page=667416#EventRegistrationPanel: conference 26 mars: Priorities for research and development in EU agriculture – How do we develop Sustainable Intensive Agriculture?

http://www.forumforagriculture.com/ 27mars: conference Meeting the Food & Environmental Challenge Resource efficiency, innovation and governance

 

[4] voir l’étude collective de chercheurs « Pour une nouvelle politique agricole et alimentaire européenne qui relèvera les défis de ce siècle »- 2010 http://www.europeanfooddeclaration.org/sites/default/files/10%2007%2013%20Pour%20une%20nvelle%20EU%20poli.agr_.et%20alim%20AT%20JMB.pdf

[5] Disparition des paysans , de la biodiversité agricole et naturelle, suicides paysans, vente à perte de la plupart des produits agricoles, zones polluées par les intrants et zones vidées de leur agriculture, disparition de la matière organique dans les zones d’agriculture trop intensive, changement climatique, dépendance  du pétrole, excédents structurels de certains produits ou sous produits (lisier), délocalisation d’autres produits dans des zones à bas salaire, résistance des bactéries aux antibiotiques utilisés en élevage industrialisé, nouvelles pathologies animales, excédents structurels de pouvoir des grandes firmes de distribution,………



09/03/2012

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