parkinson : maladie professionnelle

 

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Une étude, menée sur les primates, par Andrew Tharp et Maricel Maffini (Ecole de médecine de la Tufts University à Boston, Etats-Unis), a confirmé « le lien entre bisphénol A et cancer du sein », explique Le Monde. Les chercheurs ont constaté les effets de ce perturbateur endocrinien sur la glande mammaire des nouveau-nés de femelles macaques exposées au bisphénol A. (Le Monde, 10/05)

 

Une étude sur les primates confirme le lien entre bisphénol A et cancer du sein

LE MONDE | 09.05.2012 à 14h23 • Mis à jour le 10.05.2012 à 11h34

 

Chez les rongeurs, le fait est connu de longue date : l'exposition au bisphénol A (BPA) augmente l'incidence de cancers mammaires. Mais la preuve expérimentale formelle manquait chez les primates. Ce n'est plus le cas avec la publication, lundi 7 mai dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), de la première expérience menée sur des singes exposés à ce perturbateur hormonal, présent dans nombre de plastiques, dans les résines gainant l'intérieur des boîtes de conserve ou des canettes de soda, dans les lentilles de contact, etc.

Les auteurs, menés par Andrew Tharp et Maricel Maffini (Ecole de médecine de la Tufts University à Boston, Etats-Unis), ont administré à des femelles macaques (Macaca mulatta) pleines une faible dose de BPA, correspondant à 400 microgrammes par kilo de poids corporel et par jour (µg/kg/d), pendant les deux derniers mois de leur grossesse.

"Ce dosage a été choisi car il donne chez ces singes une concentration sanguine de bisphénol A comparable à ce que l'on trouve dans la population générale humaine, explique la biologiste Ana Soto, professeur à la Tufts University et coauteur de ces travaux. Or l'exposition d'un organe à un toxique dépend de la concentration de ce dernier dans le sang."

Les chercheurs n'ont cependant pas tenté d'évaluer les effets de cette substance sur les organes des guenons exposées. Ils les ont cherchés sur leur descendance en prélevant la glande mammaire des nouveaux-nés, peu après la mise bas. Les organes des individus exposés in utero ont ensuite été comparés à un groupe-témoin, dont la mère n'avait pas été exposée au BPA au cours de sa grossesse.

ORGANE MAMMAIRE AFFECTÉ

Le résultat n'étonne guère les auteurs. "Par rapport à ceux dont la mère n'a pas été exposée, on constate chez les animaux exposés in utero que le développement de la glande mammaire est plus avancé dès la naissance, explique Mme Soto. Les changements de structure de l'organe sont significatifs, avec notamment une densité plus importante du tissu épithélial de la glande mammaire."

Sur les rongeurs - dont la durée de vie est plus courte et qui peuvent être enrôlés en grand nombre dans ce genre d'expérience - , "plusieurs d'études ont montré le même effet, c'est-à-dire l'accélération de la maturation de la glande mammaire après exposition in utero", précise Mme Soto.

"Dans le cas des souris et des rats, on sait que ces changements de morphologie de la glande mammaire, d'abord subtils, s'accroissent avec l'âge de l'animal, précise la biologiste. Les différences avec les animaux qui n'ont pas été exposés deviennent de plus en plus marquées avec le temps et favorisent, plus tard et, sans même l'action d'autres carcinogènes, le développement de lésions précancéreuses et cancéreuses."

L'exposition in utero au BPA produisant des effets identiques sur la glande mammaire à court terme chez les rongeurs et les primates, il est probable que les effets à long terme soient analogues. Et il n'y a nulle raison qu'ils épargnent l'espèce humaine. En outre, au moins deux études, réalisées au milieu des années 2000, indiquent la présence de BPA à des niveaux mesurables sur 90 % à 95 % de la population occidentale.

Ana Soto pointe un autre indice en ce sens. "Si on considère le DES (diéthylstilbestrol, molécule active du distilbène, un médicament désormais interdit), un très proche cousin du BPA, on sait depuis 1986 que sur la souris, l'exposition in uteroau DES augmente l'incidence de cancers mammaires, dit-elle. Or avec le scandale du distilbène, on sait depuis 2006 que les femmes qui ont été exposées au DES durant leur stade fœtal ont deux fois plus de risques de développer un cancer du sein après 40 ans."

En France, un projet de loi déposé en 2011 par le député (PS) Gérard Bapt, prévoit l'interdiction du BPA dès 2013 dans les contenants alimentaires pour les enfants, puis en 2014 pour les autres. Les autorités compétentes européenne (EFSA) et américaine (FDA) considèrent pour leur part que les preuves manquent pour bannir ce produit.

Stéphane Foucart


Le 10 mai 12 à 13:37,

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/09/le-lien-entre-la-maladie-de-parkinson-et-les-pesticides-officiellement-reconnu_1698543_3244.html

Le Monde.fr09.05.2012 à 19h08 • Mis à jour le09.05.2012 à 22h01

Par Angela Bolis

C'est un pas de plus vers la reconnaissance des maladies professionnelles des agriculteurs. Lundi 7 mai, est entré en vigueur un décret qui reconnaît la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle et établit explicitement un lien de causalité entre cette pathologie - seconde maladie neurodégénérative en France après Alzheimer- et l'usage des pesticides.

Un pas de plus car, dans ce domaine où règnait jusqu'ici la loi du silence, la prise de conscience des effets des produits phytosanitaires sur la santé des agriculteurs commence seulement à émerger. Et à porter ses fruits. En février, la victoire d'un céréaliculteur charentais, Paul François, qui avait intenté un procès contre le géant américain Monsanto, a constitué une première en France. La firme a été jugée responsable de l'intoxication de l'agriculteur par les vapeurs d'un de ses herbicides, le Lasso - retiré du marché en 2007 en France, alors que sa dangerosité était connue depuis plus de vingt ans.

Quelques jours plus tard, ils étaient plusieurs dizaines d'exploitants à manifester au Salon de l'agriculture, devant le stand de l'Union des industriels de la protection des plantes. Leurs revendications : le classement des affections liées à l'usage des pesticides en maladies professionnelles et le retrait des produits dangereux.

Le 30 avril, c'est une autre décision, celle de la Commission d'indemnisation des victimes d'infraction (Civi) d'Epinal, qui est venu apporter de l'eau au moulin : ce jour-là, l'Etat a été condamné à indemniser un agriculteur céréalier de Meurthe-et-Moselle souffrant d'un syndrome myéloprolifératif. D'abord reconnue comme maladie professionnelle, la pathologie est alors associée par la Civi à l'usage de produits contenant notamment du benzène.

UN DÉCRET "TRÈS ATTENDU"

Dans ce paysage qui commence doucement à évoluer, le décret concernant la reconnaissance de la maladie de Parkinson était donc "très attendu", note Guillaume Petit. L'agriculteur appartient à l'association Phyto-victimes, créée en mars 2011, et avec laquelle Paul François a, l'un des premiers, brisé le silence en attaquant Monsanto. Lui a attendu quatre ans avant de voir sa pathologie reconnue comme maladie professionnelle. "Combien voient leur demande refusée ? Combien aussi y renoncent, devant la difficulté ?", interrogeait-il lors de la création de cette association.

Lire (édition Abonnés) : "Des agriculteurs victimes de pesticides veulent rompre le silence"

L'entrée de la maladie de Parkinson dans les tableaux des maladies professionnelles du régime agricole facilitera donc les démarches pour les agriculteurs chez qui cette pathologie aura été diagnostiquée moins d'un an après l'usage de pesticides - le texte ne précise pas lesquels. "C'est une reconnaissance officielle qui est, déjà, importante sur un plan symbolique, note Guillaume Petit. Mais c'est aussi le moyen, pour l'agriculteur, d'être pris en charge financièrement, en fonction de son taux d'incapacité à poursuivre son travail."

EN DIX ANS, CINQ MALADIES LIÉES AUX PESTICIDES RECONNUES

Jusqu'ici, selon Yves Cosset, médecin du travail national adjoint à la Mutuelle de la santé des agriculteurs (MSA), seuls vingt cas de maladies de Parkinson ont été rapportés aux comités de reconnaissance des maladies professionnelles en dix ans. Dix ont été acceptés, dix refusés. Dans la même période, seuls quatre ou cinq cas de maladies ont été officiellement reconnus comme causés par les pesticides.

Au total, ce sont 4 900 pathologies qui sont reconnues chaque année comme maladies professionnelles chez les agriculteurs. Mais plus de 90 % d'entre elles sont des TMS (troubles musculo-squelettiques), le reste des cas étant principalement liés aux animaux et à la poussière de bois ou d'amiante, selon Yves Cosset.

Dans les tableaux des maladies professionnelles du régime agricole, on trouve ainsi, par exemple, la maladie de Lyme - causée par les tiques -, le tétanos ou encore les hépatites. Mais aussi quelques pathologies liées aux produits phytosanitaires. Est notamment cité, depuis 1955, l'arsenic, responsable d'une large gamme d'affections - irritations, intoxications ou cancers. Ou encore le benzène, classé comme cancérogène certain, et le pentachlorophénol (PCP), interdit dans les pesticides depuis 2003.

Mais, rappelle Yves Cosset, "ces tableaux évoluent au fur et à mesure des connaissances de la science. Or, la plupart des pathologies liées aux pesticides apparaissent de manière différée, dix, vingt, voire trente ans après le début de leur usage. Dans la médecine du travail, on a commencé à parler de l'amiante dans les années 1960, et ce produit n'a été mentionné dans ces tableaux qu'en 1998 pour les cancers. Il n'est donc pas exclu que d'autres pathologies émergent et soient reconnues dans les années à venir..."

Angela Bolis



12/05/2012

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