massacre oublié d'Ouzbékistan

 

AMNESTY INTERNATIONAL

INFORMATION PRESSE

12 mai 2015

 

Ouzbékistan. Dix ans plus tard, justice n’a toujours pas été rendue pour les victimes d’un massacre oublié

 

Le massacre de centaines de manifestants par les forces ouzbèkes de sécurité en mai 2005 doit donner lieu à une enquête indépendante, et la persécution continue infligée à des personnes liées aux troubles de l’époque doit cesser, a déclaré Amnesty International à l’occasion du 10e anniversaire de la tuerie d’Andijan.

 

Dix ans après que les forces de sécurité ont abattu sans discernement des manifestants majoritairement non violents, dont des femmes et des mineurs, dans la ville d’Andijan, des dizaines d’hommes et de femmes font l’objet d’une détention illégale ou vivent dans la crainte de poursuites judiciaires tandis que ceux qui évoquent le sujet dans le pays sont harcelés ou agressés.

 

« Il est temps de lever le voile de la peur et du secret officiel, qui a recouvert le massacre d’Andijan avant même que le sang n’ait séché dans les rues. Au lieu d’amener les responsables présumés de ces homicides à rendre des comptes, les autorités ouzbèkes persécutent sans relâche les personnes qu’elles soupçonnent d’avoir participé aux manifestations, les soumettant à la torture, à des procès iniques et à des détentions illégales », a déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

 

« Les gouvernements européens et américain continuent à fermer les yeux sur ces violations et sur d’autres atteintes consternantes aux droits humains en Ouzbékistan, par crainte semble-t-il de contrarier un allié stratégique. Si une enquête indépendante internationale sur ces homicides n’a que trop tardé, il n’est en revanche pas trop tard pour en finir avec l’impunité et garantir justice et réparations pour les victimes d’Andijan. »

 

NOTES AUX REDACTEURS

Contexte

L’Union européenne a réagi à cette tuerie en imposant un embargo sur les armes et d’autres sanctions ciblées, et en exigeant que les autorités ouzbèkes mènent de véritables enquêtes sur les homicides. Cependant, en octobre 2009, l’embargo de l’UE a été levé sans qu’il ne soit fait mention de l’enquête sur les événements d’Andijan.

 

Le gouvernement américain a également demandé une enquête sur le massacre mais a levé en janvier 2012 des restrictions à l’aide militaire, imposées à l’Ouzbékistan en 2004 partiellement en raison de son bilan en matière de droits humains. Cette année, leurs liens militaires se sont fortement resserrés avec la mise en œuvre d’un nouveau plan quinquennal de coopération militaire entre les deux pays.

 

Le gouvernement ouzbek a rejeté des recommandations émises par des organes internationaux, dont le Conseil des droits de l'homme des Nations unies et le Comité contre la torture, l’incitant à diligenter une enquête exhaustive et impartiale. Lors de l’évaluation publique de la situation des droits humains en Ouzbékistan au cours de l'Examen périodique universel de l'ONU, en avril 2013, la délégation ouzbèke a déclaré que « la question [d'une enquête internationale sur les événements] d'Andijan [était] close ! ». Aucun État européen n’a mentionné la nécessité d’une enquête.

 

En avril 2015, Amnesty International a publié un rapport intitulé Secrets et mensonges : des « aveux » extorqués sous la torture en Ouzbékistan, qui révèle à quel point le rôle de la torture et d'autres formes de mauvais traitements est central au système de justice du pays, et qui dénonce les mesures de répression employées par le gouvernement contre tout groupe perçu comme une menace à la sécurité nationale.

 



13/05/2015

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