Gde Bretagne : feu vert gaz de schiste

En Grande-Bretagne, la voie se dégage pour l'exploration des gaz de schiste ; Un rapport d'experts cautionne la technique controversée de la fracturation hydraulique

En Grande-Bretagne, l'exploration des gisements de gaz de schiste par fracturation hydraulique, suspendue depuis près d'un an à la suite de mini-séismes survenus sur un site de forage de la société Cuadrilla Resources, va-t-elle reprendre de plus belle ? Dans un rapport publié mardi 17 avril, trois experts nommés par le gouvernement donnent leur feu vert à l'utilisation de cette technique controversée. Ils affirment " ne voir aucune raison pour que Cuadrilla Resources ne soit pas autorisée à continuer ses activités d'exploration de gaz de schiste ". Et " recommandent la poursuite prudente des opérations de fracturation hydraulique ".

 

Seule entreprise au Royaume-Uni à avoir obtenu une licence d'exploration de ces réserves d'hydrocarbures non conventionnels, Cuadrilla Resources avait été contrainte d'interrompre ses forages sur le puits de Preese Hall, près de Blackpool, dans le Lancashire (nord-ouest de l'Angleterre). Cela, en raison de deux secousses telluriques de faible magnitude (respectivement 2,3 et 1,5) enregistrées, les 1er avril et 27 mai 2011, autour du site de prospection.

 

L'industriel a commandé une série d'études, que le département à l'énergie et au changement climatique britannique a fait analyser par trois spécialistes : Christopher Green, expert indépendant, Peter Styles, professeur à l'université de Keele, et Brian Baptie, du British Geological Survey.

 

Leur rapport confirme que la sismicité observée a bien été " provoquée par les opérations de fracturation hydraulique ". Il note aussi que la première secousse a entraîné une " déformation " du tubage. Pour autant, les auteurs, qui considèrent que le risque maximal est un tremblement de terre de magnitude 3, jugent " improbable qu'un événement de cette ampleur cause des dommages structurels " aux installations.

Pour " réduire le risque de futurs séismes ", ils préconisent toutefois des mesures de précaution. Commencer toute fracturation hydraulique par une " préinjection " d'un plus petit volume de liquide sous pression. Puis " surveiller le développement et la direction de la fracture ". Enfin, mettre en place un système d'enregistrement sismique et cesser les travaux même en cas de très faible secousse (à partir d'une magnitude de 0,5).

Salué par le directeur exécutif de Cuadrilla Resources, Mark Miller, " satisfait que les experts aient conclu de façon claire qu'il n'y a pas de danger à - les - autoriser à reprendre la fracturation hydraulique ", ce rapport est vivement critiqué par les opposants à ce procédé. Celui-ci, qui consiste à pulvériser la roche profonde (plusieurs kilomètres sous la surface) par un mélange d'eau et de produits chimiques, afin d'en libérer les hydrocarbures, est en effet susceptible de polluer les nappes phréatiques, les sols et l'air.

" Il faudrait une évaluation scientifique complète de tous les impacts de la fracturation ", estime Andy Atkins, directeur exécutif des Amis de la Terre Royaume-Uni. Selon l'ONG, l'impact climatique des gaz de schiste serait " comparable et peut-être supérieur " à celui du charbon, en raison des rejets de méthane - puissant gaz à effet de serre - occasionnés par leur extraction.

" Aucune décision n'a encore été prise pour autoriser ou non la reprise des forages par fracturation par Cuadrilla ", a indiqué un porte-parole du gouvernement, en précisant qu'une consultation des riverains et des associations écologistes va être organisée pendant six semaines. Au-delà des seuls forages exploratoires du Lancashire, l'enjeu est évidemment, pour la Grande-Bretagne, celui d'un engagement dans la recherche des gisements de gaz de schiste.

 

La France a été le premier pays du monde à adopter, en juillet 2011, une loi interdisant la fracturation hydraulique pour l'exploration et l'exploitation de ces hydrocarbures. Mais, fin mars, la mission gouvernementale sur les gaz de schiste a ouvert la voie à cette pratique, en se montrant favorable à des " expérimentations à seules fins de recherche scientifique sous contrôle public ". Une nouvelle loi y serait cependant nécessaire.

 

La Chine et les Etats-Unis posséderaient les plus gros gisements de gaz de schiste. Mais les estimations sont à prendre avec prudence. Ainsi, alors qu'en 2011 l'Agence américaine d'information sur l'énergie évaluait à 5 300 milliards de mètres cubes les réserves de la Pologne, de récentes données de l'Institut national de géologie de Varsovie les ont chiffrées entre 346 et 768 milliards de mètres cubes. Très loin de l'eldorado annoncé.

Pierre Le Hir

© Le Monde
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23/04/2012

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